Biographie de Jean Baptiste King Kester Emeneya Mubiala
Il n'est pas aisé de retracer, étape par étape, le parcours de vie d'un homme aux multiples facettes, doté d'un talent exceptionnel et d'un génie rare. King Kester Emeneya fut un artiste musicien qui, jusqu'à son dernier souffle, a incarné un véritable modèle national de célébration de la vie à travers le chant.
À lui seul, le nom de Jean King Kester Emeneya Mubiala inspire le respect et l'admiration. Le prononcer fait naître une émotion particulière et annonce l'entrée dans l'univers fascinant d'une personnalité hors du commun. « Jean », en référence à Jean-Baptiste des Saintes Écritures ; « Emeneya », une appellation profondément enracinée dans la tradition yansi ; et « Mubiala », le nom hérité de son père, Nkrunkrwa Mubiala, comptable de l'État. Né le 23 novembre 1956 à Kikwit, dans l'actuelle province du Kwilu, en République démocratique du Congo, Jean Emeneya est le quatrième d'une fratrie de douze enfants.
Auteur, compositeur et interprète de génie, King Kester Emeneya a profondément marqué l'histoire de la musique congolaise. Son talent, unanimement reconnu, a ouvert de nouvelles perspectives à toute une génération d'artistes. Son influence fut telle que les groupes qui lui ont succédé, notamment la première génération de Wenge Musica, ont largement bénéficié des innovations musicales qu'il avait initiées, faisant de lui l'un des principaux bâtisseurs de la musique moderne en République démocratique du Congo.
*_Moments clés du parcours_*
Dans le Kwilu, le peuple Yansi est reconnu pour son profond attachement à sa culture, à ses traditions et au respect scrupuleux de la parole donnée. Chez lui, l'engagement revêt un caractère presque sacré, tant il est associé à des valeurs fortes et, selon les croyances ancestrales, à des sanctions d'ordre surnaturel en cas de manquement. C'est au sein de cette communauté que grandit le jeune Kester Emeneya, dont les premiers pas dans la musique se font à l'église. Les chants religieux qui l'accompagnent durant son enfance influenceront durablement son inspiration et se retrouveront plus tard dans une partie de son répertoire, lorsqu'il accédera au sommet de la scène musicale congolaise.
À l'âge de 17 ans, alors qu'il est élève à l'Institut Don Bosco de Kikwit, Jean Mubiala partage son temps entre la chorale de l'Église catholique et Les Anges Noirs, un orchestre de quartier au sein duquel il évolue aux côtés de son aîné, Lidjo Kwempa. Ce dernier sera d'ailleurs recruté quelques années plus tard par Papa Wemba, afin de renforcer les rangs de Viva La Musica après le départ de plusieurs musiciens en 1982.
Porté par cette passion grandissante pour la musique, Jean Mubiala poursuit néanmoins ses études avec sérieux. Il obtient son diplôme d'État en pédagogie générale à l'Institut Longwa d'Idiofa, avant que son destin ne le conduise définitivement vers la carrière artistique qui fera de lui l'une des plus grandes figures de la musique congolaise.
Son diplôme en poche, tout semblait le destiner à s'éloigner progressivement de sa passion pour le chant afin de poursuivre une carrière universitaire. Jean Mubiala s'inscrit alors à l'Université de Kasapa, à Lubumbashi, au sein de la Faculté des Sciences Politiques et Administratives. Mais le destin en décide autrement. Au cœur de la cité universitaire, le jeune prodige continue d'exprimer son talent en composant et en interprétant des chansons inspirées de ses racines yansi. Il rejoint l'orchestre de l'Université de Lubumbashi (UNILU), dont il devient rapidement l'un des membres fondateurs et l'une des figures emblématiques. Il y laisse une empreinte durable jusqu'à la période marquée par le rapatriement vers Kinshasa des troupes et du matériel militaire à la suite des événements de Kolwezi.
C'est à cette époque, alors que le futur grand artiste façonne progressivement son identité musicale, qu'un ami commun à lui et à Misha Mulongo lui ouvre une nouvelle perspective. Issu de la prestigieuse famille Mulongo, l'une des plus influentes du Shaba (aujourd'hui Katanga), Misha est le cadet d'une famille comptant notamment parmi ses membres un Commissaire du peuple. Profitant d'une période de vacances universitaires, il propose à Jean Mubiala de se rendre à Kinshasa afin d'y enregistrer son tout premier titre, « Milena ».
L'occasion est trop belle pour être refusée, même si le voyage s'effectue à bord d'un avion cargo militaire. Arrivé discrètement à Kinshasa, à l'insu de sa famille qui le croit toujours destiné à reprendre ses études, le jeune étudiant nourrit un seul rêve : immortaliser sa voix sur un disque vinyle avant de retourner à l'université. Son point de chute est le célèbre village Molokaï.
Le 6 juin 1977 constitue un véritable tournant dans la vie de Jean Mubiala. En pénétrant dans l'univers de Molokaï, ce village symbolique imaginé par Papa Wemba, il découvre un monde artistique singulier, régi par ses propres codes et sa propre philosophie. Abandonné momentanément à son sort par Misha Mulongo, une situation qui se révélera finalement déterminante pour son avenir, le jeune Yansi observe attentivement son nouvel environnement, écoute, apprend et cherche à comprendre les règles de ce milieu qu'il découvre.
Très vite, son talent attire l'attention. Lors de séances de travail réunissant le jeune parolier Koffi Olomidé et son interprète Papa Wemba, les interventions vocales de Jean Mubiala impressionnent l'assistance. Son génie artistique est immédiatement reconnu, et chacun comprend qu'il possède un potentiel exceptionnel.
En offrant cette rencontre décisive entre Kester Emeneya et Papa Wemba, Misha Mulongo aura, sans le savoir, posé les premières pierres d'une carrière appelée à marquer durablement l'histoire de la musique congolaise. Dès lors, Jean Mubiala comprend que son destin ne se trouve plus sur les bancs de l'université de Lubumbashi, mais bien sur les plus grandes scènes musicales.
Intégré de manière exceptionnelle au sein de Viva La Musica, sans avoir à passer le traditionnel test de recrutement, le jeune Kester Emeneya s'impose immédiatement par son talent et son sérieux. Il répond pleinement aux attentes de Papa Wemba et rassure très vite tous ceux qui découvrent ses qualités artistiques. Sa carrière musicale prend alors un essor remarquable au sein de cet orchestre créé quelques mois plus tôt, en 1977.
Très rapidement, il devient l'un des piliers de Viva La Musica. En parallèle, il noue une solide complicité artistique avec le jeune parolier Antoine Mumba, plus connu sous le nom de Koffi Olomidé. Une profonde estime réciproque unit alors les deux prodiges, dont la collaboration marquera les premières années de leur parcours respectif, avant que leur relation ne traverse, plus tard, des périodes plus difficiles.
Au fil du temps, Kester Emeneya gagne pleinement la confiance de Papa Wemba, qui lui confie des responsabilités de premier plan. Il est notamment chargé du recrutement de nouveaux musiciens pour Viva La Musica et assure l'intérim à la tête de l'orchestre lors des absences de son leader, notamment lorsque celui-ci se consacre à sa carrière de journaliste ou rejoint temporairement l'Afrisa International de Tabu Ley Rochereau.
Grâce à son sens de l'organisation, à son leadership et à son engagement, Kwamambu contribue activement à maintenir Viva La Musica au plus haut niveau. Entre 1977 et 1981, il participe à plusieurs œuvres marquantes de l'orchestre. Le public découvre successivement des titres devenus des classiques, parmi lesquels Milena, La Runda, Fleur d'Été et Dikando, qui confirment déjà l'immense talent de celui qui s'apprête à écrire l'une des plus belles pages de l'histoire de la musique congolaise.
La naissance de Victoria Eleison
À l'approche de l'année 1982, Kester Emeneya, devenu l'un des principaux organisateurs de Viva La Musica, occupe une place incontournable au sein de l'orchestre. Son influence est telle qu'il devient rapidement indispensable à plusieurs musiciens qui envisagent de quitter le groupe. Le premier à franchir le pas est Bipoli Tshando, bientôt suivi par d'autres artistes. Convaincus qu'un nouveau projet ne pourrait réussir sans une véritable locomotive artistique, ils persuadent le jeune prodige de les accompagner dans cette aventure.
C'est ainsi qu'est fondé Victoria Eleison, un orchestre appelé à marquer profondément l'histoire de la musique congolaise. Sa présentation officielle est fixée à une date hautement symbolique : le 25 décembre 1982, jour de la célébration de la naissance du Christ. C'est à la Place Vis-à-Vis, au cœur de Matonge, que débute cette aventure qui constitue, pour l'ancien étudiant de Lubumbashi, un départ sans retour vers une nouvelle destinée artistique.
Très vite, Kester Emeneya s'impose comme le leader charismatique de Victoria Eleison. Malgré les difficultés internes et les tensions qui traverseront parfois le groupe, il conduit son orchestre avec talent, détermination et succès. Plus tard, lors de la création de Victoria Principale, à l'époque où les séries américaines Dallas et Dynasty (Famille Carrington) passionnent le public congolais, il demeure seul maître à bord et poursuit son œuvre avec une autorité incontestée.
Durant toute la décennie 1980, Victoria Eleison domine la scène musicale congolaise. Pendant près de cinq années consécutives, aucun autre artiste ne parvient à détrôner Kwamambu, devenu l'une des plus grandes figures de la musique zaïroise.
Cette période voit naître une série d'albums et de chansons devenus des références incontournables. Kimpiatu, Naya et Gambela abordent avec finesse les réalités de la vie conjugale et des relations humaines. Willo Mondo célèbre le retour d'un amour passionné, tandis que Okosi Nga Mfumu explore avec profondeur les thèmes de la déception, de la trahison et de l'opportunisme.
L'originalité de son style, inspiré notamment du folk yansi, influence profondément toute une génération de musiciens. Les artistes de son époque comme ceux qui lui succéderont s'inspirent de son modèle artistique, tandis que ses refrains deviennent populaires dans tout le pays. Le célèbre « Mu karekok kok mama » est repris partout, témoignant de l'immense succès de son œuvre.
Pendant cinq années d'affilée, le Zaïre vit au rythme de King Kester Emeneya. Porté au sommet de sa gloire, il s'impose comme une référence incontestable, non seulement par ses qualités de chanteur et de compositeur, mais également par son élégance, son sens de l'innovation et son influence sur les modes vestimentaires. Respecté de tous, admiré par ses pairs et adulé par le public, il atteint alors le sommet de sa carrière et s'impose comme l'une des plus grandes icônes de la musique congolaise.
La révolution s'appelle Nzinzi (1987)
L'année 1987 marque un tournant décisif dans l'histoire de la musique congolaise. Avec la sortie de l'album Nzinzi, King Kester Emeneya ouvre une nouvelle ère et propulse la musique zaïroise sur la scène internationale. Visionnaire, il ose défier les habitudes musicales de son époque et bouscule les résistances face à l'innovation.
Le pari est audacieux. Le premier, il recourt à la programmation musicale assistée par ordinateur, une technologie encore inédite dans la musique congolaise. À cette modernité, il associe avec intelligence des influences variées : le folk yansi, la rumba zaïroise, des sonorités contemporaines et des accents inspirés du punk. Ce mélange inédit de styles et de textures sonores donne naissance à une musique résolument nouvelle, qui révolutionne le paysage musical africain.
Avec Nzinzi, King Kester rompt avec les schémas traditionnels de l'orchestration. Les sons synthétisés prennent une place prépondérante et ouvrent de nouvelles perspectives musicales. Le titre Kisiwu met à l'honneur les sonorités du terroir yansi, tandis que Lusala puise son inspiration dans les souvenirs d'enfance de l'artiste, notamment sa fascination pour les fanfares qui ont bercé sa jeunesse.
Le risque est largement récompensé. La presse spécialisée et le grand public saluent unanimement cette innovation. Tous reconnaissent que King Kester Emeneya vient d'élever le niveau de la musique congolaise à un degré rarement atteint. Il fixe désormais une barre si haute que peu d'artistes parviendront à suivre son rythme.
Après ce succès retentissant, il faudra attendre près de six années avant la sortie de son prochain album d'envergure internationale. Cette période est marquée par de nombreuses réflexions artistiques et par les attentes d'un public qui souhaite le voir revenir sur le devant de la scène, tandis qu'une nouvelle génération de musiciens, portée notamment par le phénomène Wenge, s'impose progressivement au pays.
Installé en Europe, dans ce que certains qualifieront, sans véritable preuve, d'exil politique, King Kester poursuit pourtant son travail d'innovation. Aux côtés des frères Didier et Laurent Lozahic, il perfectionne une nouvelle fois la programmation musicale assistée par ordinateur et enregistre l'album My Baby. Celui-ci est accueilli avec enthousiasme, mais son absence du pays l'empêche d'en assurer efficacement la promotion.
Deux ans plus tard, grâce à la mobilisation du King Boys Office, une structure spontanément créée par ses admirateurs, le processus de son retour en République démocratique du Congo est amorcé. Conscient des attentes immenses du public, King Kester avance avec prudence. Refusant toute précipitation, il prépare minutieusement ce qui deviendra l'album Succès Fous.
Dans cette œuvre, il réalise une remarquable synthèse entre les influences musicales d'ici et d'ailleurs. Les chansons expriment tour à tour la nostalgie du pays, les épreuves de l'exil, la dénonciation de ceux qui annonçaient prématurément la fin de sa carrière, mais aussi son profond attachement à ses racines et à la tradition, à travers des titres comme Litanie, Moral Ya Mandela et Milonga Kwango.
Plus qu'un simple album consacré à l'amour, Succès Fous apparaît comme une œuvre de combat, un manifeste artistique par lequel King Kester Emeneya affirme, avec force et détermination, qu'il demeure l'une des plus grandes références de la musique congolaise moderne.
Le grand retour : 13 Octobre 1997
En octobre 1997, King Kester Emeneya effectue son grand retour à Kinshasa, dans un contexte politique profondément bouleversé. Le régime du Président Mobutu Sese Seko vient de prendre fin et la République démocratique du Congo est désormais dirigée par la coalition rebelle soutenue notamment par l'Ouganda, le Rwanda, le Soudan et l'Érythrée.
Tout est mis en œuvre pour que le retour du King soit digne de son immense stature artistique. Le dimanche 13 octobre 1997, une foule immense envahit les rues de Kinshasa pour accueillir avec enthousiasme celui que beaucoup considèrent comme l'un des plus grands ambassadeurs de la musique congolaise. À ses côtés figurent notamment le Roi Pelé et Marie-Paul Mwant Yav, une présence hautement symbolique qui donne le ton de ce retour historique.
À cette époque, la scène musicale congolaise est en pleine mutation. Le phénomène Wenge Musica est à son apogée, mais les premières fissures annonçant son éclatement commencent déjà à apparaître. Dans ce contexte, King Kester Emeneya joue un rôle majeur dans le nouvel équilibre de la musique congolaise. Son premier grand concert au Stade des Martyrs, une enceinte pouvant accueillir entre 80 000 et 100 000 spectateurs, constitue un véritable défi.
Le pari est brillamment relevé. Fort de ce succès, le King entreprend de restructurer son orchestre, Victoria Eleison Dream Team Dream Band, afin de l'adapter aux nouvelles réalités musicales et aux attentes du public de Kinshasa.
Entouré de jeunes artistes talentueux, il travaille sans relâche à la reconquête de la scène musicale nationale. Il observe attentivement l'évolution des groupes Wenge tout en préparant le retour de son propre orchestre au premier plan. Pour renouer avec le public, il propose un répertoire mêlant les grands succès de l'album Succès Fous aux classiques qui avaient fait sa renommée dans les années 1980. Cette stratégie porte rapidement ses fruits et son retour sur la scène congolaise est largement salué.
L'album Mboka Mboka, résolument dansant, confirme cette reconquête. Il marque également l'intégration réussie des atalaku, désormais pleinement reconnus aux côtés des autres musiciens de l'orchestre, dans une formule musicale parfaitement adaptée aux nouvelles tendances.
Cette nouvelle dynamique permet à King Kester Emeneya de se consacrer à son album Longue Histoire, dont la sortie en 2001 dépasse toutes les attentes. Porté par deux danses qui rencontrent un immense succès populaire, cet opus confirme la solidité de Victoria Eleison Dream Team, qui résiste alors aux nombreuses tentatives de déstabilisation et continue d'imposer sa marque sur la scène musicale congolaise.
Ce succès ouvre rapidement les portes des plus grandes scènes internationales. Avec son orchestre, King Kester Emeneya est invité à se produire au Zénith de Paris en 2001, avant de réaliser, le 13 avril 2002, un concert historique à l'Olympia Bruno Coquatrix, l'une des salles les plus prestigieuses d'Europe. Cette consécration internationale vient couronner un parcours exceptionnel et renforce durablement le rayonnement de son œuvre, tout en lui permettant d'aborder l'avenir avec confiance et sérénité.
Le Jour le Plus Long
C'est dans ce climat de sérénité et de maturité artistique que naît l'album Le Jour le Plus Long, dont le titre s'inspire du célèbre film consacré au débarquement de la Seconde Guerre mondiale. Cette œuvre témoigne une nouvelle fois de la capacité de King Kester Emeneya à puiser son inspiration dans des références universelles pour enrichir son univers musical.
À partir de cette période, Victoria Eleison connaît une stabilité remarquable et ne traverse plus les turbulences qui avaient marqué certaines étapes de son histoire. L'orchestre poursuit son parcours avec succès jusqu'au moment où le King commence à préparer un nouveau projet particulièrement ambitieux : This Is Me, conçu en écho au célèbre This Is It de Michael Jackson.
L'histoire retiendra une troublante coïncidence. Tout comme Michael Jackson, King Kester Emeneya ne verra jamais l'aboutissement de ce dernier projet. Les deux artistes quitteront ce monde avant de pouvoir pleinement présenter leurs œuvres respectives au public, laissant derrière eux une profonde émotion et une ultime création devenue le symbole de leur héritage artistique inachevé.
Le dernier combat
Les premières alertes concernant la santé de King Kester Emeneya apparaissent sous la forme de troubles cardiaques qui, au départ, semblent maîtrisables. Mais le destin lui réserve une épreuve bien plus difficile. Hospitalisé durant près de huit mois, il livre un long combat contre la maladie, frôlant à plusieurs reprises la mort sans jamais perdre son courage. Lui-même évoquera cette période avec son humour habituel, mais aussi avec une foi profonde en Dieu. Il parlera de ces moments d'incertitude, d'espérance et d'impuissance avec la conviction que cette épreuve appartenait désormais au passé.
Hélas, le destin en décide autrement. Alors qu'il se trouve à Kinshasa, une nouvelle rechute l'oblige à regagner d'urgence Paris pour y recevoir des soins. Cette fois, le combat sera fatal. Le 13 février 2014, King Kester Emeneya s'éteint au Centre chirurgical Marie-Lannelongue du Plessis-Robinson, en France, laissant un immense vide dans le cœur de sa famille, de ses proches, de ses collaborateurs et de millions d'admirateurs à travers le monde.
Cette période douloureuse est également marquée par une autre tragédie familiale. Au cours de la longue hospitalisation de son père, Kevin Emeneya, caporal de la Légion étrangère française, est gravement blessé lors d'une mission dans les montagnes afghanes. Victime d'un terrible accident, il sombre dans un coma de dix-sept jours avant de survivre, au prix de lourdes séquelles qui le laisseront paraplégique. Malgré cette épreuve, il trouvera la force d'accompagner son père jusqu'à sa dernière demeure.
Par la suite, la vie poursuivra son cours. Sa fille Maryleen épousera Abraham, fils de l'artiste musicien JB Mpiana. Quant à ses frères, ses sœurs et leurs mères respectives, ils auront la lourde responsabilité de préserver la Maison Blanche, héritage symbolique laissé par le King. Selon son souhait, ce lieu devait devenir un véritable espace de recueillement et de mémoire pour les Victoriens, un endroit où tous ceux qui l'ont aimé pourraient venir honorer son souvenir et perpétuer son héritage artistique.
Obsèques nationales et reconnaissance à titre posthume
La disparition de King Kester Emeneya, le 13 février 2014, à l'âge de 57 ans, au Centre chirurgical Marie-Lannelongue du Plessis-Robinson, en France, a profondément ému la République démocratique du Congo, l'Afrique et la diaspora. Le monde entier a assisté à des obsèques nationales d'une ampleur exceptionnelle, témoignant de la place unique qu'occupait l'artiste dans le cœur de son peuple. Ces funérailles, d'un caractère véritablement sui generis, ont rendu un hommage à la mesure de celui qui avait façonné une partie de l'histoire de la musique congolaise.
Après son rapatriement en République démocratique du Congo, King Kester Emeneya est inhumé le 2 mars 2014 à la Nécropole Entre Ciel et Terre. En reconnaissance de son immense contribution à la culture nationale, l'État congolais lui décerne, à titre posthume, la Médaille d'Or du Mérite Civique, l'une des plus hautes distinctions honorifiques du pays.
Cependant, si la Nation lui a rendu les honneurs qui lui étaient dus, plusieurs défis demeurent afin de préserver pleinement son héritage artistique et moral.
Il importe notamment de :
- Préserver l'honneur que la Nation lui a rendu, en veillant à faire vivre la mémoire de cette reconnaissance nationale et de la distinction qui lui a été décernée à titre posthume.
- Sauvegarder l'unité de son œuvre et préserver l'immense patrimoine culturel légué par King Kester Emeneya au peuple congolais et au monde.
- Favoriser le rapprochement et la cohésion au sein de sa famille, afin que son héritage moral et artistique soit porté dans un esprit d'unité.
- Œuvrer à l'aboutissement et à la publication de son ultime projet artistique, This Is Me, une œuvre très attendue qui, à ce jour, demeure encore inédite.
Ces défis constituent aujourd'hui autant de responsabilités pour tous ceux qui souhaitent préserver, transmettre et faire rayonner l'héritage exceptionnel laissé par King Kester Emeneya, afin que son nom, son œuvre et son influence continuent d'inspirer les générations présentes et futures.
Sergio Makobo